Publié par : GM | mai 11, 2016

Prochaine intervention :

Titre : « La littérature comme ressource de la fabrique locale, un objet pour la géographie de la littérature : bilan et perspectives »

7 au 9 juillet 2016, 53ème colloque de l’ASRDLF (Association de Science Régionale de Langue Française), session spéciale 10 « La ressource littéraire au contact des lieux », Gatineau, Québec, Canada.

Résumé et enjeux :

Cette contribution propose de contextualiser d’un point de vue épistémologique, théorique et méthodologique le thème la session « la ressource littéraire au contact des lieux ». La « géographie de la littérature » (Brosseau, Cambron, Molina 2010; 2014b) s’intéresse en effet aux processus de production, d’appropriation et d’utilisation de la littérature, aux lieux et aux systèmes d’acteurs qui leurs sont associés. Elle place ainsi au cœur de la réflexion le triptyque littérature-société-territoire, les processus de co-fabrication entre ces trois objets. Elle s’est particulièrement développée ces dix dernières années dans des travaux de géographie anglophones et francophones. Ces recherches ont permis de défricher les relations entre littérature et développement territorial. Elles ont commencé à questionner différents objets et phénomènes : les maisons d’écrivains, le tourisme littéraire, le patrimoine littéraire, les manifestations littéraires sur des territoires (salons, festivals, etc.), l’utilisation de la littérature dans le marketing territorial, projets d’aménagements architecturaux littéraires (mobilisant la littérature comme ressource ou des écrivains comme partenaires), etc.

A partir d’une analyse des principales contributions récentes sur ces questions et au travers d’exemples précis, cette contribution vise à ouvrir une perspective réflexive sur les pratiques de recherche des chercheurs s’étant aventurés sur des pistes de géographie de la littérature. Il s’agir de dresser ainsi le portait de la géographie de la littérature, des objets, des phénomènes et terrains qu’elle prend pour cœur de cible, de ses présupposés épistémologiques, heuristiques et théoriques et de dresser un bilan des méthodologies utilisées.

D’un point de vue intra-disciplinaire, en quoi ces travaux de « géographie de la littérature » diffèrent-ils du courant de « géographie littéraire » qui s’était développé antérieurement ? La distinction entre « géographie de la littérature » et « géographie littéraire » a été introduite au début des années 2000 (Brosseau et Cambron 2003) et théorisée plus récemment (Molina 2010 ; 2014b)[1]. Ces deux courants diffèrent dans la manière de mettre en question les rapports entre espace et littérature. La « géographie littéraire » a pour cœur de cible la problématique de la représentation (Brosseau 1996, Rosemberg 2012). Elle privilégie une approche textualiste, interne à l’œuvre littéraire en cherchant à analyser la manière dont l’espace y est représenté. La « géographie de la littérature » s’en distingue en déplaçant le point focal pour questionner sur les rapports que les œuvres littéraires entretiennent avec leurs contextes socio-spatiaux, notamment ceux de leur production, de leur appropriation et de leur utilisation. Elle pose donc d’une manière plus centrale la question du rapport que les œuvres entretiennent avec la société et de la relation entre les trois termes d’un triptyque : territoire-société-littérature.

Centrée sur un objet d’étude spécifique, cette « géographie de la littérature » actualise une démarche qui est plus largement celle de la « géographie de l’art » qui consiste à problématiser la relation entre l’art et ses espaces de production ou d’appropriation et la façon dont ils participent à la fabrique des espaces (Grésillon 2008; Guinard 2009; Vivant 2007; Volvey 2008). Le tournant artistique de la fabrique des territoires constitue un objet de recherche prisé par les géographes. De nombreux travaux ont précisé combien l’art et la culture constituaient un ingrédient convenu, voire un poncif de la fabrique urbaine contemporaine (Vivant 2007; Grésillon 2008; Guinard 2009; Terrin 2012). L’accent a été mis dans ces travaux sur le rôle central que joue l’art contemporain dans les dynamiques de requalification des espaces urbains. La mobilisation d’autres formes artistiques ou culturelles plus marginales et plus discrètes telles que la littérature constitue un objet de recherche émergent que des travaux ont commencé à défricher plus récemment (Molina 2010; 2014a; Bonniot et Fournier 2013). Ces géographes ont cherché à comprendre comment la littérature participe à la production, à la transformation et à la gestion des territoires. Comment, en s’intéressant à une forme spécifique, la littérature, ces travaux de géographie de l’art peuvent-ils alimenter et s’enrichir des travaux menés sur d’autres formes artistiques par la « géographie de l’art » qui explore les dynamiques de coproduction entre art et territoires ?

 Au-delà de la géographie, quelles collaborations et quelles perspectives cette géographie de la littérature a-t-elle ouvert avec les champs de l’aménagement, de l’urbanisme et du développement local ? De quels influences et apports extradisciplinaires, cette géographie s’est-elle nourrie ? Comment s’est-elle par exemple inspirée de la sociologie de la littérature et de la critique littéraire qui se sont saisis plus prématurément qu’elle de la question des rapports entre société et littérature ? Comment s’en est-elle distinguée ?  Quels sont les apports spécifiques des géographes sur le plan théorique et méthodologique pour explorer la relation entre littérature, société et territoire ? Quelles ont été les ressources mobilisées et les pierres d’achoppement rencontrées dans ce cheminement ? Quels perspectives et nouveaux chantiers pour la recherche ce bilan ouvre-t-il ?

 Mots-clés : co-production littérature-territoire, épistémologie, méthodologies, théories, géographie de l’art, géographie de la littérature, apports intra et extradisciplinaires, perspectives.

[1] Cette distinction s’inspire d’un découpage désormais conventionnel au sein de la sociologie, entre la « sociologie littéraire » et la « sociologie de la littérature ». Comme le constatait Armand Fremont (2005, 131), plus tôt et surtout moins timidement que la géographie, la sociologie s’est attachée à théoriser l’objet littéraire en précisant ses angles d’attaque, ses apports et sa légitimité disciplinaire à s’en saisir. Pour expliciter sa contribution spécifique à l’éclairage de la littérature comme objet de recherche, la géographie peut donc largement s’en inspirer. La « sociologie littéraire » et « la sociologie de la littérature » adoptent deux postures sensiblement différentes pour questionner les rapports entre société et littérature. Schématiquement, « la sociologie littéraire » privilégie une approche par le texte et une analyse interne de l’œuvre littéraire en s’interrogeant sur la représentation de la société qui y est proposée. « La sociologie de la littérature » déborde de la question du texte et de la représentation de la société qu’il met en jeu. Elle se concentre sur les rapports que les œuvres entretiennent avec la société lors de son élaboration, mais aussi de leur appropriation.


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