Publié par : GM | mai 13, 2011

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Prochaine intervention dans le cadre du colloque franco-espagnol « Géographie, langue et textes littéraires : regards croisés sur l’imaginaire géographique », Université de Pau et des Pays de l’Adour, 10 et 11 Juin 2011 (lien vers le site du colloque). Ma contribution sera la suivante :

« Littérature, pratiques sociales, production et gestion des espaces urbains : lorsque l’imaginaire géographique littéraire déborde les frontières du livre… »

Mots clés : littérature, société, circulation, appropriation, instrumentalisation

La littérature a pour ambition de créer des « mondes » (Goodman, 1992), des mondes fictifs que le lecteur, par le truchement de la lecture, aura plaisir à parcourir, à s’approprier et, éventuellement, à partager. Ces mondes fictionnels littéraires et les espaces qui les composent influencent nos manières de regarder le monde réel, de le pratiquer et de le construire. « Œuvre ouverte » (Eco, 1965), la littérature en effet, loin de se cantonner dans un espace textuel clôt et refermé sur lui-même, circule dans le monde social. Elle créé un imaginaire géographique qui informe les pratiques sociales de certains espaces réels, est approprié, utilisé, voire instrumentalisé dans l’élaboration de certaines politiques publiques, ou dans des projets d’aménagement d’espaces urbains et laisse ainsi son empreinte dans la matérialité urbaine. Aussi, si dans la perspective d’un questionnement géographique les espaces fictionnels créés par la littérature et contenus dans le texte méritent d’être mis en question, il convient également d’interroger la manière dont s’opère le retour de cette représentation géographique littéraire dans le monde social. Comment un imaginaire créé par la littérature déborde-t-il les frontières du livre, se trouve-t-il approprié et éventuellement utilisé dans l’univers social ? De quelle(s) manière(s) l’espace fictionnel créé par la littérature influence l’espace réel ?

S’appuyant sur les résultats d’une enquête menée dans différentes villes de France, la contribution proposée cherche à éclairer ces liens complexes que la littérature entretient avec la société et la ville. Il s’agit donc de décliner et d’analyser finement différents témoignages d’une appropriation et d’une instrumentalisation sociale des œuvres littéraires :
– les projets d’aménagements littéraires (soit des inscriptions matérielles de la littérature dans la ville) ;
– les pratiques touristiques et mises en valeur de lieux et parcours littéraires ;
– la mobilisation d’écrivains ou d’œuvres littéraires dans le cadre de certaines politiques publiques territoriales pour créer ou renforcer du lien social ;
–  l’organisation d’évènements littéraires comme moments culturels privilégiés d’une ville, etc.
Les liens entre espace fictionnel et espace réel sont de fait investis depuis une entrée renouvelée. Il ne s’agit en effet pas seulement de s’intéresser à la transfiguration de l’espace réel dans l’espace fictionnel mais d’apprécier aussi et surtout comment l’espace créé par la littérature – en influençant l’imaginaire social, et en étant intégré par certains professionnels de la production et de la gestion urbaine – influence en retour l’espace réel. L’enjeu consiste à proposer une autre lecture de l’espace géographique en éclairant comment s’opère le passage d’une géographie littéraire fictive mise en mots et en images dans l’œuvre littéraire à une géographie littéraire inscrite dans la réalité même de la ville dans sa matérialité. Cette réflexion sur les phénomènes de diffusion, d’appropriation et d’instrumentalisation sociales de la littérature permet de poser quelques jalons supplémentaires pour une « géographie de la littérature » que Marc Brosseau (2002) et Armand Fremont (2005) appelaient de leurs vœux.  Elle précise comment la littérature constitue un référent pour vivre, parler et agir sur la ville et apporte une contribution à la compréhension de la production, de la gestion et du vécu des espaces urbains en soulevant des enjeux importants pour la géographie.

 – Brosseau, 2002, “ »It isn’t the place that does the writing » : lieux et écriture chez Bukowski”, Géographie et Cultures, n°44, pp.5-33.
– Eco U., 1965, L’œuvre ouverte, Paris, éd. du Seuil, 315p.
– Fremont A., 2005, Aimez-vous la géographie ?, éd. Flammarion, 365p.
– Goodman N., 1992 (1978), Manières de faire des mondes, Gallimard, 228p.

 


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